
Pr Pierre Carli, Médecin chef du Samu de Paris
Le Professeur Carli, chef de service du Samu de Paris, totalise trente ans de carrière au sein de divers services d'urgence et d’anesthésie-réanimation des hôpitaux de Paris et de la région parisienne. Il explique le travail particulier des médecins du SAMU, le Service d'aide médicale urgente, ainsi que ce que l'arrivée des défibrillateurs automatiques va changer.
Comment le Samu est-il organisé?
Plus de 300 personnes officient aujourd'hui pour le Samu à Paris. Quelque 10 équipes de réanimation sillonnent chaque jour la capitale dans des ambulances prévues à cet effet. Chacune est composée d'au moins un médecin spécialisé en urgence ou en réanimation, d'une infirmière et d'un ambulancier spécialisé. Ces petites unités hospitalières mobiles sont dotées de tout l'équipement nécessaire pour agir en urgence. Chaque équipe effectue de 15 à 20 interventions quotidiennes. Le Samu est basé à l'hôpital Necker mais les équipes sont basées dans divers hôpitaux, afin que toute la ville soit quadrillée. A noter que lorsqu'une équipe intervient, elle ne va pas nécessairement conduire le patient à l'hôpital le plus proche, mais à celui qui est le plus à même de le recevoir, que ce soit en termes d'équipements ou de disponibilités.
Le Samu, c'est aussi le service d'accueil téléphonique des urgences médicales. Un médecin régulateur prend en charge les appels urgents reçus sur le 15. Les autres appels sont pris en charge par des médecins généralistes. Au bout du fil, ils questionnent, donnent des conseils et déclenchent si nécessaire les moyens d'intervention adéquats. Le 15 reçoit plusieurs centaines d'appels par jour.
Quel est l'intérêt d'appeler le Samu par rapport à aller directement aux urgences?
Il y a effectivement eu des détracteurs pour dire que l'on pouvait perdre du temps. Ce n'est pourtant pas vrai. Le calcul est simple : grâce aux symptômes décrits au téléphone, le médecin peut envoyer les secours nécessaires. Avec les équipes de réanimation préhospitalière, pour les cas graves, le traitement médical spécialisé commence donc sur place sans attendre le transport. Dans le même temps, le médecin régulateur prévient le service d'urgence qui va recevoir le malade et qui peut donc se préparer. Le patient est admis directement dans le service spécialisé et bénéficiera aussitôt de soins, puisque le diagnostic est déjà fait. Pour les patients graves, le passage par le service d’urgence n’est pas nécessaire, c’est un gain de temps important.
A-t-on pu mesurer ces résultats?
Absolument. Depuis la mise en place du Samu, la mortalité par infarctus a été divisée par trois. Pour reperfuser le myocarde, c’est une véritable course contre la montre. Plus les soins sont pratiqués rapidement sur place et associés à une admission directe, plus on sauve des vies : c'est logique et cela prouve l'efficacité de notre service, qui permet de prodiguer des soins environ 10 minutes après que l'alerte a été donnée.
Avant l'arrivée du Samu, quels sont les gestes à effectuer si l'on se trouve confronté à une personne en arrêt cardiorespiratoire?
La première chose à faire c'est bien sûr d'alerter les secours. Puis de pratiquer le massage cardiaque en appuyant au milieu de la poitrine. Il n'y a pas de mauvais massage cardiaque : même si on a l'impression de ne pas savoir faire, mieux vaut tenter un massage cardiaque plutôt que rien.
Quel est selon vous l'intérêt des défibrillateurs automatiques externes, qui sont en train d'être installés dans des lieux stratégiques de la capitale ?
C'est un gain de temps considérable et donc, incontestablement, des vies sauvées. Grâce aux défibrillateurs automatiques, la durée de l'arrêt cardiorespiratoire avant le choc électrique peut être réduite de 4 à 5 minutes. A Paris, on estime que l'on pourra sauver 200 vies par an grâce à ces DAE, qui simplifient beaucoup, ensuite, la prise en charge par le personnel médical. En outre, le défibrillateur explique au fur et à mesure à la personne qui l'utilise ce qu'elle doit faire. C'est facile à utiliser et rassurant.
Pensez-vous que la population devrait être davantage formée au secourisme ?
Oui, bien sûr. Mais la formation au secourisme est longue, prend du temps et peut donc être dissuasive pour le grand public. En revanche, il existe des formations très courtes, de l'ordre de la demi-heure, aux gestes d'urgence les plus basiques (alerte, massage cardiaque, défibrillation). Ce sont ceux qui sauvent les victimes d’arrêt cardiaque.