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Alex Türk, Sénateur du département du Nord et Président de la CNIL

« Quand vous avez vu fonctionner une fois un défibrillateur vous n’avez plus de doute sur la nécessité d’équiper votre collectivité ou votre entreprise. »

Alex Türk
Alex Türk, Sénateur du département du Nord et Président de la CNIL
Monsieur Alex Türk, sénateur du département du Nord et Président de la CNIL*, est l’un des premiers élus à s’être mobilisé en faveur de la diffusion des défibrillateurs. Il a souhaité partager avec la FFC son expérience et son analyse de la situation française.

FFC : Au cours des dernières années, avez-vous constaté une évolution dans la prise de conscience des élus et du grand public à propos de la prise en charge de l’urgence cardiaque ?

Alex Türk : La situation évolue très lentement et par palier. Il faut que surviennent des événements critiques, faisant office d’électrochoc, pour provoquer une prise de conscience : par exemple le sauvetage d’un sportif sur un stade de football ou des articles dans la presse. Mais la prise de conscience n’entraîne pas forcément le passage à l’action.
En France, nous avons souvent besoin de preuves pour nous convaincre, nous inciter à agir. Or, quand vous avez vu fonctionner une fois un défibrillateur externe automatisé, vous êtes convaincu de sa simplicité d’utilisation. Vous n’avez plus de doute sur la nécessité d’équiper votre collectivité ou votre entreprise. En ce qui nous concerne, dans le département du Nord, nous aurons bientôt 400 défibrillateurs externes automatisés, répartis sur environ 200 communes. Je crois beaucoup à la force de l’exemple pour construire un réseau.

FFC : Selon vous, quels sont les leviers pour faire évoluer les comportements des élus et du public ?

Alex Türk : Parmi les éléments déclencheurs les plus forts, il y a l’expérience personnelle. Quand vous avez été confronté au décès d’une personne faute d’équipement ou à un sauvetage grâce à la présence d’un défibrillateur, les positions évoluent. C’est ainsi que je reçois de nombreux appels de la part d’élus qui me demandent comment j’ai procédé pour le département du Nord.
L’arrêt cardio-respiratoire est imprévisible, indolore. Vous pouvez être foudroyé en quelques secondes. Pour y faire face dans les meilleures conditions, il faut que chaque Français sache pratiquer le massage cardiaque et soit convaincu de la simplicité d’utilisation d’un défibrillateur.
La peur de mal faire est probablement le frein le plus fréquent. Or en la matière « dans le doute, on ne s’abstient pas » ! Surtout quand vous disposez d’un appareil qui décide à votre place, ce qui est le cas aujourd’hui avec les défibrillateurs automatisés externes.

FFC : Quel message souhaitez-vous adresser aux élus qui voudraient s’engager dans une action similaire à la vôtre ?

Alex Türk : Il est important de souligner qu’un tel projet est très simple à mettre en œuvre, qu’il est peu coûteux et qu’il permet de créer des réseaux et des solidarités incroyables. Sylvie Desmarescaux, ma collègue sénatrice et moi-même avons décidé de consacrer notre réserve parlementaire à l’achat de défibrillateurs et de les mettre à la disposition des communes de notre département. Les collectivités intéressées contribuent à hauteur de 50 % à l’achat des matériels. Cela leur revient à 700 euros net par appareil, ce qui est tout à fait abordable pour une commune face à l’enjeu sanitaire couvert.
Le rôle des communes dans le maillage de notre territoire est essentiel. Elles doivent lancer le mouvement, montrer l’exemple. Les administrations, les entreprises, les gares, les centres commerciaux, les bailleurs sociaux ne pourront pas faire autrement que de leur emboîter le pas.

FFC : Quel bilan dressez-vous de la démarche que vous avez initiée dans le département du Nord ?

Alex Türk : Il est un peu tôt pour faire le bilan de notre initiative. Toutefois, il est certain qu’elle a fait bouger les choses. Les administrations commencent à nous suivre ainsi que de grandes entreprises comme Auchan ou le Crédit Agricole. Je suis également en contact avec le rectorat et j’espère que bientôt les universités, voire les lycées, seront aussi équipés en défibrillateurs externes automatisés.
Nous allons poursuivre nos efforts pour développer le réseau local, pour qu’il constitue une véritable caisse de résonance auprès de tous les acteurs susceptibles d’être directement concernés par ce sujet.
Une fois le mouvement lancé, des projets peuvent facilement se mettre en œuvre et entraîner une couverture nationale très rapide. C’est ce que je peux souhaiter de mieux à notre pays.

* Commission nationale de l’informatique et des libertés


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